Et pourquoi vous ne devriez pas vous entraîner avec des poids pour développer votre qi.
Il est difficile de discuter du qi car sa définition est devenue un véritable amas de sujets connexes. Essayons de préciser la discussion et de décrire une approche pratique pour son développement.
La plupart des compétences liées au qi, dans le corps physique, concernent une zone proche de la peau, appelée « qi protecteur » ou « wei qi ». Bien que le qi protecteur soit souvent qualifié d’« énergie », il s’agit en réalité d’un ensemble de tissus physiques contrôlés par le système nerveux autonome. Toutefois, lorsqu’on apprend à le contrôler via le subconscient, on le ressent effectivement comme une « énergie » car il est distinct des sensations topiques du système nerveux somatique, et le qi procure effectivement une sensation étrange, comme une énergie.
Séparons donc le qi lié à la peau, qui implique le subconscient, du qi théorique de la médecine traditionnelle chinoise : c’est là que réside la plus grande confusion. Le qi cutané et le subconscient sont les artefacts qui nous confèrent, entre autres, une résistance accrue de la peau, des sensations étranges de qi, un supplément à la force musculaire-osseuse, et un contrôle du corps dans son ensemble par le dantien, relié par le qi cutané. Les forces jin, la manipulation de la solidité du sol et/ou des forces de gravité descendantes, sont également le produit du qi cutané : le jin est défini comme « la manifestation physique du qi » dans de nombreuses sources chinoises.
Le qi de la médecine traditionnelle est/était un effort d’explication du fonctionnement de la force, y compris de la force de nos systèmes involontaires. Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les théories sur les méridiens, les différents types de qi, etc… pour développer le qi. Les exercices de respiration et les exercices physiques et mentaux ciblés sont plus importants que les explications complexes du paradigme du qi.
Le wei qi cutané est initialement contrôlé par la respiration, et les exercices respiratoires constituent notre approche initiale pour contrôler et développer les tissus du qi. À l’inspiration, si nous sommes légèrement étirés, nous ressentons une légère traction vers l’intérieur des tissus des doigts et de la main. D’autres zones du corps peuvent également êtres perçues à l’inspiration, mais de nombreux tissus dans d’autres zones du corps ne peuvent être ressenties. Ils doivent être développés progressivement par des exercices respiratoires avant de pouvoir les ressentir et de pouvoir les développer davantage.
Certains textes chinois mentionnent que ce qi superficiel est encore utilisé par les animaux (pensez au cheval qui tremble des flancs, par exemple), mais qu’il s’est atrophié chez l’homme au cours de l’évolution. Pour retrouver notre qi, nous devons recourir à des exercices délibérés de respiration, d’imagerie mentale et de manipulation posturale.
Entraînement du qi dans le mouvement général
La manipulation de la force du jin résulte de l’application de contraintes par les tissus du qi au corps. C’est pourquoi le jin est défini, entre autres, comme « la manifestation physique du qi ». Nous utilisons le jin inconsciemment dans nos mouvements quotidiens ; une autre définition courante du jin est donc celle de « force intrinsèque ». La méthodologie du mouvement traditionnel, qui imprègne les arts martiaux chinois (et apparentés), implique à la fois le qi et son sous-ensemble, le jin. Qi et jin. Les forces du jin sont les forces dirigées par l’esprit, provenant du sol et de la gravité ; le qi peut être considéré, de manière simplifiée, comme une couche musculaire superficielle qui relie l’ensemble du corps.
L’idée fondamentale du mouvement avec le qi et le jin est que la puissance du sol et du bas du corps est utilisée comme source d’énergie pour le haut du corps. Le qi et le jin travaillent à partir du bas du corps (dantien compris). Le mouvement « interne » est donc un système où les bras et les mains sont contrôlés et propulsés par le bas et le tronc.
L’adage général est que les muscles et la puissance sont utilisés dans le bas du corps, selon les besoins, tandis que le haut du corps est déplacé sans sollicitation musculaire locale. Autrement dit, il faut apprendre à contrôler le haut du corps par la manipulation du bas et du tronc. Ceux qui pensent que les arts martiaux internes seraient mieux complétés par des exercices de musculation classiques en salle de sport ont tout faux et trahissent une méconnaissance totale du fonctionnement des arts martiaux « internes ».
Développer le qi
Le jin est en réalité assez facile à apprendre, même si quelques conseils avisés et quelques démonstrations personnelles et pratiques sont généralement nécessaires pour se lancer. On trouve de nombreuses tentatives écrites d’explication du jin sur Internet, notamment sur le forum 6H.
Le qi est difficile à développer car cela prend du temps et les sensations nécessaires pour focaliser notre attention sont ténues au début. Les techniques de respiration qui étirent la surface de la peau et les couches musculaires involontaires constituent généralement le point de départ de la progression. De nombreux arts martiaux traditionnels chinois parlent de « 100 jours » d’exercices respiratoires pour développer le qi jusqu’à un état utilisable.
Le mouvement du qi implique de diriger toutes les forces vers le haut depuis la solidité du sol (il faut donc « laisser couler son qi ») ou d’utiliser le poids du corps comme base pour un mouvement descendant.
En fin de compte, vous développez une forme de mouvement qui utilise la solidité du sol comme point focal de toutes les forces en direction et en provenance du corps, tandis que le qi qui enveloppe le corps est manipulé par le bas et le milieu du corps pour transmettre la puissance aux bras et au haut du corps.
Tous les arts martiaux asiatiques qualifiés d’« internes », la calligraphie formelle, le qigong, la danse traditionnelle, etc… utilisent cette combinaison de qi et de jin pour les mouvements. Apprendre la chorégraphie externe et l’apparence d’un art martial ou d’un qigong, aussi semblable soit-elle aux mouvements d’un expert, ne sera correct que si le système de mouvement est converti en qi, jin et un mouvement contrôlé par le dantien.
La quasi-totalité des mouvements que l’on retrouve si souvent dans les formes occidentales de « Tai Chi », d’Aïkido, de Xingyiquan, de Baguazhang, etc… sont basés sur des paramètres de mouvement normaux, plutôt que sur la mécanique du qi et du jin, et il faudra des efforts pour réapprendre ces arts avec les bases du mouvement correctes. Un vieux dicton dit cela : « Le Taijiquan est facile à apprendre, mais difficile à corriger.» Si votre objectif est d’apprendre le Taijiquan, l’Aïkido ou des arts apparentés, rappelez-vous que tous les discours sur la « relaxation », « ne pas utiliser de poids », etc… s’expliquent par le fait que le corps doit être complètement rééduqué pour apprendre à se mouvoir avec le qi, le jin et le dantien.
Article paru en mars 2025 sur le forum 6H